Table Ronde : comment être plus malin que le cancer?

Les résultats des premiers essais cliniques sont éloquents : l’immunothérapie est en train de changer la donne dans la lutte contre le cancer

Jeudi 2 juillet 2015

  • La technique de l’immunothérapie – « réveiller » le système immunitaire pour qu’il s’attaque lui-même aux cellules cancéreuses - fait reculer le mélanome et s’avère prometteuse pour de nombreux autres cancers
  • Grâce à l’immunothérapie, si un patient atteint de mélanome avancé survit 3 années, le risque de décès lié à la maladie est quasi nul.[1]
  • La recherche en immunothérapie a fait un bon majeur avec les travaux de pionniers belges dont le Professeur Thierry Boon à la fin des années 1980. Aujourd’hui, cette nouvelle approche thérapeutique ouvre de nouvelles perspectives dans le traitement du cancer et suscite un nouvel espoir pour les patients.
  • Les trois axes essentiels de cette Table Ronde : la recherche et l’excellence belge, les soins après-cancer à renforcer pour un retour à la vie active et la mise à disposition rapide de ces nouvelles thérapies révolutionnaires aux patients belges.
[1] Pooled Analysis of Long-Term Survival Data From Phase II and Phase III Trials of Ipilimumab in Unresectable or Metastatic Melanoma;  Journal of Clinical Oncology (Impact Factor: 17.88). 02/2015; DOI: 10.1200/JCO.2014.56.2736

Le diagnostic est tombé il y a 14 ans : mélanome. 10 ans plus tard, Cécile fait une rechute et on découvre des métastases partout dans le corps et ce, jusqu’au cerveau. Il ne lui reste alors que très peu de temps à vivre.  Aujourd’hui, après 3 ans d’immunothérapie, il ne lui reste qu’une petite zone d’inflammation. Cécile a retrouvé espoir, ses enfants aussi. Et comme elle aime à le dire : « L’immunothérapie m’a sauvé la vie, tout simplement ». « Il n’y a pas de plus belle satisfaction pour un médecin que de voir son patient retrouver goût à la vie après une lutte acharnée contre le cancer. Les nouvelles molécules innovantes qui arrivent dans le domaine de l’immuno-oncologie sont porteuses d’un nouvel espoir », ajoute son oncologue, le Professeur Bart Neyns de l’UZ Brussel.

Bouleverser l’approche thérapeutique du cancer : on ne tue plus le mal, on active ce qui est bon…

Notre système immunitaire est parfois endormi et ne s’attaque alors pas aux cellules cancéreuses. Ces dernières jouent à ‘cache-cache’ pour déjouer le système immunitaire. Tout l’enjeu de la recherche - dont la Belgique est à la pointe - a été de comprendre ces mécanismes et ensuite, de restaurer un bon contrôle immunitaire. Là où la chimiothérapie cible la tumeur pour la détruire, l’immunothérapie, vient booster le système immunitaire pour qu’il retrouve son rôle initial et s’attaque à la tumeur cancéreuse sans endommager les cellules saines.

Un nouvel espoir dans le cancer

Le cancer ne cesse de gagner du terrain en Belgique et dans le monde. Dans notre pays, on compte plus de 65.000 nouveaux cas par an[1] et ce chiffre devrait augmenter de 70% dans les deux décennies à venir selon l’OMS.[2] Depuis l’arrivée de la chimiothérapie, des thérapies ciblées et de la radiothérapie, certains cancers arrivent à être bien soignés. Mais jusqu’il y a peu, d’autres types de cancers offraient très peu d’espoir. C’était notamment le cas du mélanome ou du cancer du poumon. L’immunothérapie change la donne. Les premiers résultats d’essais cliniques sur d’autres cancers (tête et cou, vessie, foie…) sont porteurs d’espoir pour les patients qui pourraient bénéficier dans le futur de cette nouvelle thérapie révolutionnaire.

Mélanome avancé : une véritable efficacité

Le premier type de cancer sur lequel les essais cliniques dans le domaine de l’immunothérapie ont été conduits est le mélanome avancé et les résultats obtenus sont très prometteurs.

Les médecins et les patients étaient souvent totalement désarmés face au mélanome métastasé. Jusqu’ il y a peu, le taux de survie après 5 ans tournait autour de 10% et la durée médiane de survie était à peine d’une année ou moins. Avec l’introduction réussie des premières immunothérapies (anti-CTLA-4, ipilimumab) il y a de cela 10 ans environ, nous savons aujourd’hui qu’il existe une chance supplémentaire de rémission durable 3 ans après le diagnostic et plus chez 10 à 15% de tous les patients.[3] Aujourd’hui, les tout premiers résultats des études cliniques sur la deuxième génération d’immunothérapies (anti-PD-1, pembrolizumab) montrent que les chances de survie à un an après le début du traitement augmentent d’environs 10 à 16%[4], ce qui signifie un nouvel espoir pour les patients et leur famille. Aujourd’hui, plus de 900 essais cliniques évaluent l’immunothérapie dans différents cancers.[5]

Comment être plus malin que le cancer en Belgique ? La Table Ronde s’attelle à y donner une réponse

Afin de faire avancer les choses et d’assurer l’accès aux innovations révolutionnaires pour les patients dans notre pays, des experts scientifiques, représentants d’associations de patients, politiciens et industrie se sont réunis lors d’une Table Ronde au Parlement fédéral sur l’immunothérapie en oncologie.  En 2008, le cancer devenait une priorité de santé publique grâce au Plan National Cancer. En 2015, la lutte contre le cancer est toujours hissée au rang de priorité sanitaire dans notre pays. Professeur Baurain, oncologue à l’UCL Bruxelles, précise : « nous avons décidé d’axer cette Table Ronde autour des 3 défis majeurs que représente le cancer aujourd’hui ; à savoir continuer à faire avancer la recherche, assurer une accessibilité aux thérapies qui sont véritablement efficaces, et renforcer et développer les soins aux patients dans l’après cancer. Le peu d’effets secondaires de l’immunothérapie leur permet de retrouver une vie après le cancer. Il faut que nous nous adaptions à cette nouvelle réalité qu’offre l’immunothérapie aux patients. Et Ine Somers, députée fédérale et membre de la Commission Santé ajoute : « La lutte contre le cancer est une priorité nationale. L’événement d’aujourd’hui est l'occasion de rassembler plusieurs acteurs du secteur pour échanger sur les dernières avancées thérapeutiques et identifier les mesures à mettre en place, là où c'est nécessaire et toujours basé sur des preuves, afin de garantir l’accès des patients belges à ces traitements ».

L’exposition « combattre le cancer dans une autre dimension »

Une telle avancée scientifique méritait une exposition sous forme de tablettes digitales et panneaux avec infographies pour comprendre le fonctionnement de l'immunothérapie, comment elle permet un traitement efficace et avec peu d’effets secondaires graves pour l'organisme du patient. Cette exposition nous rappelle que l’évolution de cette maladie est causée par l’impossibilité de notre système immunitaire à se débarrasser des cellules cancéreuses. Plusieurs patients belges y expriment également leur expérience avec l’immunothérapie et le nouvel espoir que cette thérapie leur a donné, eux dont la vie ne tenait plus qu’à un fil. Elle se poursuit au sein du Parlement Fédéral jusqu’au 17 juillet.

 

[1] http://www.cancer.be/cancerenbelgique

[2] http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs297/fr/

[3] Pooled Analysis of Long-Term Survival Data From Phase II and Phase III Trials of Ipilimumab in Unresectable or Metastatic Melanoma; Journal of Clinical Oncology (Impact Factor: 17.88). 02/2015; DOI: 10.1200/JCO.2014.56.2736

[4] Pembrolizumab versus Ipilimumab in Advanced Melanoma; N Engl J Med 2015; 372:2521-2532June 25, 2015DOI: 10.1056/NEJMoa1503093

[5] American Cancer Society: Types of cancer immunotherapy (http://www.cancer.org/treatment/treatmentsandsideeffects/treatmenttypes/immunotherapy/immunotherapy-types, accessed on June 16 2015)

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